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Nous croyons fondamentalement être vulnérables dans un monde hostile. Cette conviction alimente l’instinct de survie et sa forme sublimée, la volonté de puissance, qui régit tous nos désirs. Volonté et désir forment une seule énergie, une force unique, un mouvement commun qui ne tarit pas jusqu’à la mort physique. Nous en disposons tous. Même un moine éprouve du désir. Il veut s’unifier à Dieu, atteindre un nirvana, vivre selon un ordre cosmique ou dompter son ego, parce qu’il désire gagner en pouvoir spirituel. Mais rejeter le désir est impossible, car ce serait annihiler le souffle de la vie.

Nos souffrances enclenchent l’instinct de survie qui a sa solution évidente dans un monde difficile comme le nôtre: la volonté de puissance qui évince le sentiment de vulnérabilité. Si nous contrôlons cette peur, la joie grandit en nous. Pour cela, la nature a développé deux stratégies : l’amour ou l’indifférence envers les autres.

Ce choix répond au besoin partagé de dominer le destin. En instance ultime, c’est la fatalité de la mort qui pousse au désir de contrôler. En effet, celui qui contrôle sa vie pense maîtriser sa vulnérabilité, comme s’il pouvait échapper à la pire des faiblesses : celle de mourir. Nous partageons tous la même joie de contrôler les circonstances extérieures, et la même souffrance quand les choses nous échappent.

Les sages d’Orient parlent de dualité de l’esprit pour expliquer ce phénomène. La philosophie occidentale décrit plutôt une dialectique des opposés. Il s’agit plus concrètement de l’alternative entre l’amour et l’indifférence, le bien et le mal, le fait d’être moral et immoral. Ces alternatives postulent que nous manquons à la base d’énergie, d’attention, de ressource et d’abondance, d’où le désir de maîtriser ces constituants du pouvoir autour de soi.

La volonté de puissance alimente tout ce qui vit. Acceptons-le. La terre est un champ de bataille pour gagner le pouvoir, même dans l’amour. La preuve s’en trouve dans notre réaction chaque fois que nous donnons notre amour et que la situation nous échappe en retour. Êtes-vous terrassé par une mauvaise nouvelle qui anéantit vos espoirs ? À supposer qu’un être cher vous agresse, vous ment ou ne vous rend pas une faveur, comment réagissez-vous ? Êtes-vous en colère ou accablé de tristesse ? Comment parler d’amour sincère si nous sommes incapables de faire face à de telles situations incontrôlées avec sérénité, confiance, intelligence et joie de vivre ?

La douleur révèle nos conditions cachées. Elle met au jour l’égoïsme intrinsèque de la nature humaine et force le monde à ôter son masque social. Nous nous plaignons et nous agressons autrui en retour, pour regagner le sentiment d’être spécial, de valoir plus que les autres, bref, pour recouvrer une sensation de puissance. Nous projetons l’espoir de contrôler le futur en employant des mécanismes du passé, afin d’éviter l’intolérable impression de vulnérabilité qui régit le moment présent.

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