Dès la naissance, un bébé sait instantanément chercher le sein de sa mère pour se nourrir de son lait. Pourtant, personne ne lui a enseigné ce réflexe. L’enfant n’a pas eu le temps d’apprendre un langage conscient pour comprendre. L’instinct d’ouvrir la bouche pour téter est immédiat chez le nourrisson, sans aucune intervention consciente de la mère, pour apprendre ce réflexe à l’enfant. Bref, nous voyons le jour avec déjà tout un package de survie programmé dans notre inconscient.

Pour expliquer ce phénomène, le psychanalyste Carl Gustav Jung a théorisé l’existence d’un inconscient collectif, non pas seulement personnel, mais commun aux êtres humains. Ce patrimoine collectif de croyances instinctives, témoignage du savoir-faire cumulé dans l’histoire de l’humanité, expliquerait notre instinct primitif de survie, présent à un âge où l’enfant n’a même pas encore conscience de lui-même.

J’appelle subconscient animal la partie inconsciente de notre psyché qui s’est construite sur la perception d’être un corps physique vulnérable dans un monde hostileCet ensemble de croyances instinctives remonte à la nuit des temps. En effet, le subconscient animal a été vital pour pérenniser la vie sur terre dans le passé, et ses ramifications actuelles dans la psyché humaine sont tentaculaires. L’utilisation de notre volonté pour survivre, tout particulièrement la fameuse réponse combat-fuite, a été clé dans l’histoire pour comprendre l’ancrage du subconscient animal dans la psyché humaine. Mais une fois que l’on accède à la conscience de soi, ce qui est le cas de l’humanité actuelle, le subconscient animal tombe en désuétude et devient un frein à l’épanouissement, parce qu’il entretient des croyances limitantes. L’habitude fait que nous projetons, inconsciemment, ces croyances à l’extérieur de nous-même, et nous les entretenons à notre insu.

Les sages d’Orient parlent de « laisser partir », de renonce­ment à l’ego ou de détachement pour faire évoluer l’humanité. Mal interprété, certains pensent qu’il faut renoncer à vivre sa vie, prendre un chemin solitaire, loin de la société moderne. C’est au subconscient animal qu’il faut renoncer, avec tout son cortège de croyances physiques, émotionnelles et mentales qui empêchent d’accéder au meilleur de soi-même.

Le subconscient animal nous limite au corps physique. Il est à l’origine du sentiment de séparation qui ronge la société. Ce sentiment fait croître l’anxiété d’être seul et vulnérable dans un monde brutal. Le subconscient animal se construit empiriquement depuis l’apparition des premières formes de vie sur terre. Il est notre ego physique, qui met tout en œuvre pour se protéger, dominer, contrôler, bref, surmonter sa vulnérabilité inhérente.

Or, toutes les difficultés rencontrées dans la vie n’ont qu’un seul but : nous obliger à renoncer aux croyances limitantes qui forgent notre subconscient animal. En nous limitant aux messages du subconscient animal, nous sommes certains d’abord de vivre l’illusion d’être privés de notre force vitale, comme coupés de l’intérieur, diminués ou en danger, bref, de ne plus être entiers, puis de finir paranoïaques, à force de recycler mentalement la conviction de notre vulnérabilité. Beaucoup en sont déjà là : le monde n’a probablement jamais été aussi malheureux dans l’histoire, malgré tous les progrès technolo­giques. En apprenant à le dépister, puis à la surmonter, vous ne vous sentirez plus jamais seul, faible et vulnérable. 

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